L'oeuvre écrite

Description

Les descriptions économiques et géographiques, qu'il a faites des régions qu'il fortifiait, constituent des témoignages précieux et d'un exceptionnel intérêt sur la France de cette époque. Membre de l'Académie des sciences, Vauban nous a laissé de nombreux travaux et mémoires sur des sujets très divers. Sa "Description de l'élection de Vézelay" comporte un travail de recensement statistique très moderne dans ses méthodes. Il l'appliquera à la population du Canada français et fera des projections jusqu'à la fin du XXè siècle avec une marge d'erreur très faible. Ses propositions sur un système de canalisation reliant toutes les rivières navigables de France atteste d'une véritable vision "d'aménageur" du territoire avant la lettre. Les travaux qu'il propose seront réalisés deux siècles plus tard par le ministre Freycinet.

Vauban travaillera d'ailleurs aux ouvrages d'art du canal du Midi. Curieux de stratégie, ses vues en matière diplomatique sont très intéressantes et prospectives, allant jusqu'à proposer une monnaie européenne unique, trois siècles avant que celle-ci ne se mette en place.
L'ensemble de cet exceptionnel travail de réflexion sera regroupé dans les "Oisivetés", ensemble de douze volumes publiés après sa mort. A la fin de sa vie le roi lui demandera de rédiger un "traité de l'attaque des places" qui fera encore autorité plus d'un siècle après sa mort. Soucieux de la vie de ses hommes, comme de la gloire du roi, Vauban a apporté successivement trois perfectionnements décisifs aux techniques de l'attaque des places: les parallèles, les cavaliers de tranchées et le tir à ricochet.
Vauban codifie l'approche rationnelle du siège, décomposé en une suite logique de douze phases; un siège selon lui nécessite au plus 48 jours de travaux au terme desquels le gouverneur n'a d'autre choix que de capituler. S'inscrivant dans la révolution scientifique qui s'était opérée sous l'égide de Descartes et de Pascal, Vauban conçoit l'attaque d'une place comme une œuvre rationnelle. Son traité traduit en 15 langues dont le turc et le russe fut un classique de l'instruction des ingénieurs militaires jusqu'à la fin du XIXè siècle.

En revanche Vauban ne codifia jamais l'art de la fortification, car il considérait qu'avant tout le terrain commande et que la seule loi valable est l'adaptation des méthodes au terrain, ce qu'il a durant sa vie entière constamment et brillamment démontré comme il est encore possible de le constater dans la centaine de places fortes qu'il nous a laissées.
Vauban demeure l'un des plus grands ingénieurs militaires que la France ait jamais connus. Laissons à Saint Simon le célèbre mémorialiste qui n'avait pas la réputation d'être indulgent, le dernier mot de cet article:
"Vauban s'appelait Le Prestre, petit gentilhomme de Bourgogne tout au plus, mais peut-être le plus honnète et le plus vertueux de ce siècle, et avec la grande réputation du plus savant homme dans l'art des sièges et de la fortification, le plus simple, le plus vrai et le plus modeste. C'était un homme de médiocre taille, assez trapu, qui avait fort l'air de guerre, mais en même temps un extérieur rustre et grossier, pour ne pas dire brutal et féroce. Il n'était rien moins: jamais homme plus doux, plus compatissant, plus obligeant, mais respectueux sans nulle politesse, et le plus avare ménager de la vie des hommes, avec une valeur qui prenait tout sur soi, et donnait tout aux autres..."

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